Dans un premier temps, voici la description d’une situation problématique vécue en classe avec un élève. Je devais faire la dictée du vendredi avec les élèves les plus âgés de la classe, soit avec quatre élèves, alors que ma maître associée travaillait avec les autres élèves de la classe. Les élèves devaient écrire quatre phrases et cinq nombres que je leur dictais et effectuer des soustractions et des additions que j’allais écrire au tableau. Ils devaient donc les copier dans leur cahier et écrire la réponse. Alors que je lisais la première phrase à écrire, un élève a commencé à bouger de plus en plus sur sa chaise et il disait qu’il était fatigué et qu’il avait mal à la tête. Cet élève réagit régulièrement de cette manière lorsqu’il ne veut pas travailler. J’ai donc décidé de l’encourager immédiatement pour le motiver à poursuivre la tâche puisque nous étions seulement à la première phrase. Il a donc terminé sa première phrase.
Cependant, alors qu’il devait écrire sa deuxième phrase, il a catégoriquement refusé de le faire et ce, malgré mes encouragements. Je lui ai donc dit fermement que la consigne est d’écrire sa deuxième phrase et que s’il décide de ne pas respecter la consigne, je vais lui enlever un « bonhomme » (système d’émulation). J’ai ajouté que si j’enlève le « bonhomme », il sera dans le jaune ce qui fera en sorte qu’il devra aller au coin retrait pour 10 minutes. Étant donné que l’élève a décidé de ne pas continuer son travail, j’ai appliqué la conséquence. L’élève a donc été retiré et mon enseignante associée m’a conseillé de lui donner son cahier de dictée pour qu’il puisse continuer son travail. À ce moment, les trois autres élèves commençaient à bouger et à parler. Je devais alors faire de la gestion pour l’élève au retrait et pour les autres. J’ai donc calmé les quatre élèves et j’ai continué la dictée. Étant donné que ma maître associée travaillait avec des élèves je devais constamment me déplacer de l’avant de la classe au coin retrait pour dicter la deuxième phrase à l’élève en retrait et aux autres. L’élève isolé refusait toujours de travailler et les autres élèves commençaient à s’impatienter et à se désorganiser parce que c’était très long et je ne pouvais pas leur dicter les mots à leur rythme. Je sentais que « la pression augmentait de plus en plus » et j’avais de plus en plus de difficulté à obtenir le calme et le silence.
J’ai donc décidé de demander à l’élève qui ne voulait pas travailler que mettre sa tête sur son pupitre et d’attendre. Pendant ce temps, j’ai terminé la dictée avec les autres élèves dans un climat propice et lorsqu’ils ont eu terminé, je leur ai donné du travail personnel dans le but de pouvoir travailler avec Olivier (nom fictif) . J’ai répété à nouveau à l’élève qu’il doit faire un choix, soit de travailler ou non, tout en lui spécifiant que s’il décide de ne pas faire la tâche, il aura une conséquence. Il a donc choisi de terminer son travail et à la fin de la période nous avons fait un retour sur la situation avec ma maître associée.
Pour ce qui est de l’analyse de cette situation, je crois que l’élève a agi de cette façon parce qu’il voulait me mettre au défi afin de connaître mes limites. De plus, selon moi, l’élève savait que je ne connaissais pas parfaitement chacun des élèves, car cet événement a eu lieu au début de mon stage. Il a essayé de me faire croire qu’il était trop malade pour ne pas faire son travail. Cependant, ma maître associée m’avait déjà dit qu’Olivier allait essayer de me faire croire qu’il est malade pour ne pas travailler. De plus, je crois que la nature de la tâche est également un facteur à considérer. En effet, Olivier est un élève qui a régulièrement de la difficulté à se mettre à la tâche, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une tâche de français puisqu’il a plus de difficultés dans cette matière.
En ce qui concerne les sentiments éprouvés lors de cette situation problématique, j’ai gardé mon calme tout au long des interventions, mais je me suis souvent questionnée à propos de mes choix. En effet, lorsque j’ai isolé l’élève, je me suis demandée si ce choix était le bon choix parce que ceci a impliqué d’autres problématiques avec les élèves qui travaillaient bien avant l’isolement de l’élève. Un autre questionnement est survenu lorsque, malgré les encouragements et la première intervention, l’élève refusait toujours de travailler. Je me sentais impuissante face à la situation et je ne savais pas si demander à l’élève de simplement mettre sa tête sur son pupitre était une bonne intervention puisque j’allais par la suite lui donner une attention particulière, soit faire la dictée seulement avec lui.
Ensuite, selon Archambault et Chouinard , il est essentiel que l’enseignant mentionne ses règles de vie et ses attentes aux élèves. Or, j’ai pris pour acquis que les élèves étaient pour comprendre que le fonctionnement de la classe et les attentes sont les mêmes que ce soit moi ou ma maître associée. J’aurais donc dû discuter formellement avec eux à propos de ce sujet dès ma première journée de classe. D’ailleurs, suite à cet événement, j’ai pris le temps de le faire. Dans un deuxième temps, toujours selon Archambault et Chouinard, lors d’une situation problématique, il est important de garder son calme, de choisir une intervention simple et économique en temps, en énergie ainsi qu’en matériel et qui dérange le moins possible l’activité d’apprentissage.
En ce qui a trait à l’enseignement que fournit cette analyse, j’ai réalisé que je suis capable de garder mon calme lors de situations problématiques et que j’ai un répertoire de solutions qui me permet de bien gérer ma classe. De plus, grâce à cette situation j’ai confirmé que j’ai de la facilité à établir une bonne relation avec les élèves et que je suis constante et cohérente dans mes interventions, ce qui est aidant en situation de crise autant pour moi que pour les élèves. Je désire donc maintenir ces comportements lors d’une prochaine situation problématique. Je crois toutefois que je dois apprendre à prendre plus rapidement des décisions en situation de crise puisque, pour cet événement, si j’avais attendu quelques minutes de plus avant de prendre la décision d’interrompre mon intervention auprès de l’élève pour terminer le travail avec les autres, j’aurais dû intervenir plus sérieusement auprès des trois autres élèves. Je veux également développer des interventions plus discrètes dans le but de déranger le moins possible l’activité d’apprentissage. D’ailleurs, depuis cette situation, j’ai commencé à développer et à mettre en place des interventions discrètes.
Archambault, J. et al. (2003). Vers une gestion éducative de la classe (2e édition). Boucherville, Gaëtan Morin Éditeur, 336 pages.